Les Rencontres du Papotin transforment une interview télé en moment de vérité partagée entre des journalistes autistes et une personnalité publique, et l’après-midi à l’UMons avec le réalisateur Henri Poulain permettait d’en découvrir les coulisses tout en interrogeant le rôle des médias dans la représentation du handicap.​

Les origines de l’émission

À l’origine, Le Papotin est né dans un hôpital. Un jour, un psychiatre a décidé de créer un « cercle de journaliste » pour des jeunes autistes en ouvrant des structures d’accueil et en imaginant un journal rédigé avec eux. Très vite, la rédaction, qui se réunit encore aujourd’hui le mercredi matin, a cherché à attirer le regard des gens en invitant de grands artistes dès la fin des années 80 pour les mettre en contact direct avec ces journalistes autistes. Tandis que, l’idée d’en faire une émission est arrivée bien plus tard, il y a quelques années, portée notamment par les producteurs déjà derrière des films comme “Intouchables” ou “Hors Normes”.​​

Une émission bien organisée

Henri Poulain a raconté comment l’émission repose sur une organisation préparée : Une “enquêtrice” rassemble d’abord des informations sur l’invité, puis la rédaction se réunit pour imaginer des questions avant que le réalisateur et son équipe ne vérifient simplement que tout reste cohérent. Le tournage dure environ trois heures et demie pour n’aboutir qu’à une trentaine de minutes à la télé, suivies encore d’une quinzaine de jours de travail de montage. Julien Bancilhon, rédacteur en chef du journal et maître de cérémonie, veillent à ce que l’invité reste un prétexte à ce qui compte vraiment : entendre ce que les journalistes ont à dire.​

Saisir les singularités en direct

Le cœur de l’émission, selon Mr. Poulain, consiste à “saisir les singularités” plutôt qu’à refaire des scènes ou à forcer les émotions. Rien n’est rejoué : il existe une sorte de contrat tacite avec le public qui repose sur le réel, ce qui exclut toute relecture par l’invité, sous peine de rendre l’échange « faux ». L’équipe guette les moments de bascule, comme une danse improvisée d’Omar Sy, en se rapprochant des protagonistes pour isoler une voix, un rire, une “chanson” de personnalité, tout en floutant parfois l’arrière-plan sans jamais masquer les visages. Le choix de montrer les cadreurs, de laisser apparaître le perchman ou de filmer les journalistes assis face à une star participe à cette mise à nu partagée.​​

L’autisme comme réalité, pas comme concept

L’un des enjeux majeurs évoqués par Henri Poulain concerne le regard porté sur l’autisme. Les séquences montées doivent fonctionner comme un spectacle digne où le rire est permis, mais jamais dirigé contre les journalistes, pour éviter que le handicap ne soit réduit à des moqueries. Certaines scènes, comme des crises de la part des journalistes, sont coupées non pour modifier la réalité, mais pour ne pas réduire ces journalistes à leur handicap. Plaire au plus grand nombre devient secondaire par rapport à l’exigence de faire quelque chose de vrai et de neuf, dans un paysage médiatique où la sincérité brute, dure et complexe a presque disparu.